Menu
Honorat de Racan

Académie Française

Visites depuis le 01/09/2008

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Racan : un poète en son pays de Touraine entre Loir et Loire

L
e territoire de Racan n'avait pas de nom particulier au début des années 1990. Situé dans le nord de la Touraine, la base de l'action de développement a consisté à lui donner un nom. Le nom initial de "territoire des 3 vallées" a été finalement remplacé par celui de "Pays de Racan", du nom du poète local.
Le terme
Pays de Racan a été vite repris par les médias locaux et approprié par les habitants et autres acteurs économiques.

Pour les responsables de ce site www.racan.org ce territoire ne doit pas rester enfermé dans une dimension administrative (Communauté de Communes de Racan et les dix communes du canton : Neuvy le Roi - Saint Paterne Racan - Saint Christophe sur le Nais - Villebourg - Bueil en Touraine - Saint Aubin le Dépeint - Epeigné sur Dême - Chemillé sur Dême - Marray - Louestault ) mais s'inscrire dans une dimension plus large donnée par la zone de vie du poète Honorat de Racan ( Vallée du Loir et Gastine Tourangelle )

Ce site - qui va s'étoffer jour après jour - se veut un portail des chambres d'hôtes, des producteurs locaux, des associations, des architectures, des publications littéraires, des artisans et commerçants, des restaurateurs... de cette zone d'influence touristique du nom de Racan.

 

R
acan (1589-1670) est un poète tourangeau, auteur de poésies champêtres et chrétiennes (bergeries, odes sacrées, ...).
Honorat de BUEIL, dit RACAN est issu d’une famille de soldats. Il est né au manoir Renaissance de Champmarin à Aubigné-Racan. Il passe son enfance au château de la Roche-au-Majeur, devenu le château de La Roche-Racan, au nord de Tours. Il rime dès l’adolescence. Il sert dans la cavalerie mais il est de tempérament timide, rêveur et pieux ce qui ne lui permet pas de s’illustrer parmi les guerriers. Il est plus à l’aise dans la paix des champs aux bord de l'Escotais.

Lorsque son père meurt en 1597, il a des difficultés financières et se laisse aller à la nostalgie :

"Plaisant séjour des âmes affligées,
Vieilles forêts de trois siècles âgées,
Qui recelez la nuit, le silence et l’effroi,
Depuis qu’en ces déserts, les amoureux, sans crainte,
Viennent faire leur plainte,
En a-t-on vu quelqu’un de plus malheureux que moi ?"


Le sort semble s’acharner sur lui : sa mère, Marguerite de Vendômois, meurt en 1602. Il est alors le seul survivant de la branche cadette des de Bueil, l’une des familles les plus anciennes et les plus illustres de France. Il a treize ans et est recueilli par sa cousine Anne de Bueil. Celle-ci est mariée à un des plus hauts dignitaires du royaume, Roger de Saint-Lary, favori du roi Henri IV. Elle emmène Honorat à Paris ; grâce aux relations du duc, il est bientôt admis comme page et se consacre à l’étude.

En 1605, il a seize ans et rencontre François de MALHERBE, poète officiel de la cour royale (sous le règne d’Henri IV puis Marie de MÉDICIS et Louis XIII, puis RICHELIEU). Celui-ci l’encourage dans la voie poétique tout en lui reprochant sa nonchalance et ses "trop grandes licences" mais il le tenait pour son disciple le plus doué. RACAN fut toujours respectueux envers son maître puisqu’il lui écrivit d’une manière élogieuse, un roman "Mémoires pour servir à la vie de MALHERBE".

RACAN commence une carrière militaire mais il ne trouve pas occasion de gloire et se lasse de la précarité du confort de la vie de soldat. Il nous confie :

"Force vieux soldats affamés,
Mal habillés et mal armés,
Sont ici couchés sur du chaume,
Qui racontent les grands exploits
Qu’ils ont faits depuis peu de mois
Avecque monsieur de Bapaume.
Ainsi nous nous entretenons
Sur le cul, comme des guenons,
Pour soulager notre misère.
Chacun y parle en liberté,
L’un de la prise de Paté,
L’autre du siège de Fougère.
Et moi, que le sort a réduit
À passer une longue nuit
Au milieu de cette canaille,
Regardant le ciel de travers,
J’écris mon infortune en vers
D’un tison contre une muraille."

À force de voir ses amis mourir de gloire au combat, il renonce à jamais à cette carrière qui ne lui apporte qu’amertume :

"Que sert à ces galants ce pompeux appareil
Dont ils vont dans la lice éblouir le soleil

    Des trésors du Pactole ?

La gloire qui les suit après tant de travaux
Se passe en moindre temps que la poudre qui vole

    Du pied de leurs chevaux."

 
RACAN se plaît à la cour et dans les salons ce qui est étonnant puisqu’il était d’un physique disgracieux : le corps mal fait et peu brillant dans les conversations, bègue (il n’a jamais pu prononcer correctement son nom car il avait beaucoup de mal à dire les R et les C). De plus, il était d’un naturel rêveur et il lui arrivait des anecdotes que l’on racontait dans tout Paris ; par exemple, il pouvait se heurter à des gens dans la rue ou boiter simplement sans y penser parce qu’il accompagnait un boiteux.

Il chante alors l’amour à la manière de RONSARD aussi bien lors de déceptions amoureuses à trente ans que pour celle qui sera sa femme. Pour la première, il nous confie ses regrets :

"Elle s’en va, cette inhumaine,
Sans avoir pitié de la peine
Dont j’ai le cœur atteint.
Et, sans vouloir attendre un temps plus agréable,
Elle met en hiver les roses de son teint."


Pour la seconde, elle a seize ans et lui, quarante. Elle s’appelle Madeleine du Bois ; c’est une jeune fille de Touraine et elle lui donnera six enfants. Il écrit :

"Crois-moi, tant que Dieu t’octroie
Cet âge comblé de joie
Qui s’enfuit de jour en jour,
Jouis du temps qu’il te donne,
Et ne crois pas en automne
Cueillir les fruits de l’amour."


Il garde son amour de la nature et de la vie rustique qu’il célèbre dans "Stances sur la retraite" (1618) et dans les "Bergeries" (1619) :

"Les moissons dorent les plaines,
Le ciel est tout de saphirs,
Le murmure des fontaines
S’accorde au bruit des zéphyrs."

Il est sensible à la fuite du temps comme dans le début des "Stances sur la retraite", tout en y associant un côté moralisateur qui n’existe pas chez RONSARD :

" Thircis, il faut penser à faire la retraite :
La course de nos jours est plus qu’à demi faite.
L’âge insensiblement nous conduit à la mort.
Nous avons assez vu sur la mer de ce monde
Errer au gré des flots notre nef vagabonde ;
Il est temps de jouir des délices du port.
Le bien de la fortune est un bien périssable ;
Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable.
Plus on est élevé, plus on court de dangers :
Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,
Et la rage des vents brise plutôt le faîte
Des maisons de nos rois que les toits des bergers. (...)"

Dans les "Bergeries", pastorale en cinq actes, RACAN écrit d’une manière satyrique et conventionnelle mais aussi en exprimant son amour pour la nature. Sa poésie reflète un bonheur bucolique dans la paix et l’harmonie des champs :

"Heureux qui vit en paix du lait de ses brebis,
Et qui de leur toison voit filer ses habits ;
Qui plaint de ses vieux ans les peines langoureuses,
Où sa jeunesse a plaint les flammes amoureuses ;
Qui demeure chez lui comme en son élément,
Sans connaître Paris que de nom seulement.
Et, lorsque le soleil, en achevant son tour,
Finissait mon travail en finissant le jour,
Je trouvais mon foyer couronné de ma race.
À peine bien souvent y pouvais-je avoir place.
L’un gisait au maillot, l’autre dans le berceau ;
Ma femme, en les baisant, dévidait son fuseau.
Le temps les ménageait comme chose sacrée ;
Jamais l’oisiveté n’avait chez moi d’entrée.
Aussi les dieux alors bénissaient ma maison."


Après son mariage et son installation définitive à Saint-Paterne, il n’a plus le goût d’écrire et attend vingt-cinq ans avant de reprendre la plume.

Il devient célèbre mais préfère se retirer sur ses terres de Touraine où il est plus à l’aise bien qu’ayant été nommé membre de l’Académie française en 1635 (RICHELIEU désirant se faire protecteur des écrivains, créa l’Académie française composé de quarante membres et RACAN fit partie des quarante premiers). Il nous confie sa préférence pour la solitude :

"Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude,
Et vivons désormais loin de la servitude
De ces palais dorés où tout le monde accourt."

Suite à un héritage inattendu, il a de l’argent et lui qui a économisé toute sa vie, se met à rêver. Il entreprend de faire remplacer la vieille forteresse où il habite par une demeure plus hospitalière. Les travaux seront longs et plus coûteux que prévu ; RACAN devra vendre une partie de ses terres pour payer ses créanciers. Il perdra aussi son fils préféré (à seize ans). Le malheur lui fera retrouver l’envie de confier au papier ses désillusions :

"Ce fils dont les traits d’une aimable jeunesse
Rendaient de mes vieux jours tous les désirs contents,
Ce fils qui fut l’appui de ma faible vieillesse,
A vu tomber sans fruit la fleur de son printemps. (...)"


"La grâce, la beauté, la jeunesse et la gloire
Ne passent point le fleuve où l’on perd la mémoire."



La deuxième facette de sa poésie consiste en son inspiration chrétienne (Odes sacrées, Poésies chrétiennes) de 1651 à 1660. Il a aussi écrit une vie de MALHERBE en hommage à son maître.

Il meurt à quatre-vingt-un ans, le 21 janvier 1670, à Paris et son corps fut emporté à Neuvy-le-Roi, près de La Roche-Racan, pour y être enterré dans la cave sépulcrale de ses ancêtres, dans l’église de Neuvy (nous ne savons plus l’endroit exact dans l’église).
 

 



Haut